L’autoanalyse, peut-on s’analyser seul ?

L’autoanalyse renvoie à la psychanalyse, elle repose sur le postulat de l’inconscient.
Si Freud n’avait pas pratiqué lui-même cette technique pour découvrir et analyser les productions de son inconscient, alors la psychanalyse n’aurait jamais existé.
Tu en sauras plus sur ce point à la fin de cet article…

✌️ Mais rassure-toi, on est bien loin du psychanalyste, de son divan et de ses fameux « hum hum »

La psychanalyse repose sur l’idée que le traitement des troubles psychiques est permis par la profonde connaissance de soi.
Et, c’est sur ce modèle que se base toute thérapie d’aspiration psychanalytique.

L’autoanalyse désigne ainsi « l’investigation de soi par soi », il s’agit de s’engager dans l’aventure de la connaissance de soi par ses propres moyens.

Beaucoup d’entre nous, particulièrement ceux intéressés par la psychologie, souhaitent aboutir à une meilleur connaissance d’eux-mêmes. Cette recherche de connaissance à propos de soi remonte aux philosophes grecs, entre autres Socrate et Platon, avec leur célèbre « gnothi seauton » : « connais-toi toi-même ».

« Qui donc souffre ? Celui qui ne se connaît pas. »

Swami Prajnanpad

L’autoanalyse, qu’est ce que c’est ?

A qui cela s’adresse-t-il ?

L’autoanalyse est envisageable pour tous et peut te permettre d’aller mieux, à quelques conditions près !

La première est de garder à l’esprit que tu es le personnage principal de ta vie.
Cette phrase permet de développer ton empowerment, c’est-à-dire ton sentiment de contrôle sur ta vie. Cela a un effet sur ton estime de soi, ta confiance en soi ainsi que ta capacité d’initiative.
Mais si tes difficultés sont ancrées depuis longtemps et qu’elles provoquent une souffrance, alors il peut t’être difficile de croire en cette phrase. L’aide d’un professionnel de santé mental peut alors t’être précieuse. C’est une phrase que je prononce souvent face à mes patients !

La deuxième est que tu ne souffres pas d’un souci d’ordre pathologique.
En cas de trouble psychiatrique, l’intervention d’un professionnel est nécessaire, afin de faire intervenir un autre discours dans ton analyse.

La troisième est que ta motivation à t’autoanalyser soit solide afin de résister aux imprévus et aux aléas de ta vie.
En effet, cela demande de l’énergie et du temps, dans les moments où tu vas bien, où tu as le temps, mais également dans les moments où tu vas moins bien et où tu es débordé. Il n’est pas nécessaire de t’obliger à des rendez-vous fixes et réguliers mais une certaine continuité est nécessaire.

La quatrième est que tu prennes en compte l’existence de ton inconscient et que tu te questionnes en permanence sur son action.
Il se manifeste de façon imprévisible, en fonction de ton histoire propre, à travers tes rêves, tes oublis, tes lapsus, etc…

Cela implique :
—- ⤳ de ne pas te centrer uniquement sur tes bonnes actions ou tes bonnes pensées.
——–Les réponses que tu cherches se cachent souvent dans ce qui fait tâche dans ton comportement.
—- ⤳ de considérer les événements qui te touchent plus que les autres ou plus qu’ils ne le devraient.
——–Tu y trouves l’occasion de mieux te comprendre.
Ta remise en question doit être permanente !

La cinquième est qu’il est nécessaire de ne pas t’isoler.
Que tu te réserves des moments de retrait, c’est une chose, mais ne te coupes pas du monde qui t’entoure. C’est dans ton rapport au monde, dans tes relations aux autres, que ton psychisme réagit.

La sixième est que tu sois prêt à consulter un professionnel si cela est nécessaire, c’est-à-dire si tes difficultés sont trop profondes pour que tu en viennes à bout seul.


A quoi ça sert ?

L’autoanalyse peut te permettre de percer les secrets de ta psyché et les conséquences que celle-ci a sur ta vie. Cet effet est permis par la compréhension de l’origine de tes blocages et de tes échecs.

👉🏼 Cela est d’autant plus valable si tu travailles dans le secteur du soin ou de l’éducation.
Ce sont des domaines dans lesquels ton inconscient est fortement sollicité, faire un petit point sur son influence peut donc t’apporter de grands bénéfices !

Cette pratique a également des effets sur tes relations aux autres.
La connaissance de l’inconscient et de ses mécanismes, te permet une certaine ouverture d’esprit. En cherchant réellement à comprendre les autres, alors tu te sens plus proche d’eux. Tu ne les juges plus dans leurs opinions ou leurs actions mais tu apprends à les comprendre. En somme, tu développes ta compassion.
Comment aimer ou aider les autres si tu ne t’ouvres pas à l’inconnu en eux grâce au travail sur toi ?

Ces connaissances que tu acquiers sur toi-même, te permettent alors d’en apprendre davantage sur le fonctionnement psychologique. Au-delà des savoirs que tu peux trouver dans les théories, là tu apprends par l’expérience de toi-même.
Tu peux alors découvrir que l’inconscient fonctionne selon des lois différentes de celles du cerveau.
Malgré les avancées scientifiques, la science ne peut pas encore tout expliquer !


Comment faire ?

Cette pratique peut se faire à n’importe quel moment : en marchant, en faisant du sport, sous la douche, avant de t’endormir, etc…
Mais, la technique recommandée et la plus fréquemment utilisée est l’écriture. Elle te permet de revoir tes notes après coup.

Selon Horney, pour que cela fonctionne, il est nécessaire de développer une véritable capacité à jouer à la fois le rôle de l’analyste et celui de l’analysé.

Le premier pas de l’autoanalyse est de recueillir :
——–tes souvenirs, aussi gênants soient-ils,
——– tes sentiments, aussi contradictoires soient-ils,
——–tes pensées, même les plus farfelues,
——– tes hypothèses, même les plus étranges.
Tout cela, en te rendant compte que ton inconscient existe et qu’il a une action, à chaque moment de ta vie. Il est nécessaire que tu portes une attention particulière aux rêves, aux actes manqués, aux bizarreries, aux contradictions, que tu as tendance à banaliser.

Puis, une fois ces éléments mis à l’écrit, il est question de décomposer, examiner, décortiquer.
Le but est de déconstruire tes idées préconçues, afin de faciliter l’apparition de l’inconnu qui est en toi.

Laisser apparaitre l’inconnu en toi revient à découvrir tes tendances cachées.
Tu peux alors prendre conscience que ces tendances sont incohérentes, elles vont dans des directions différentes. L’apparente cohérence de tes actions et de tes pensées n’est qu’une façade, camouflant une ribambelle de mouvements contradictoires.

☝🏻 Ecrire simplement ce que tu penses, te souviens, ou ce que tu as fait ne suffit pas.
Le simple récit permet d’extérioriser ton vécu, mais ce soulagement est ponctuel, temporaire, toujours à recommencer.
Le pouvoir de l’autoanalyse se trouve, justement, dans l’analyse !

S’autoanalyser, ne s’apparente donc pas à :
—- Raconter ta vie, comme dans un journal intime,
—-Interpréter tes oublis, tes lapsus ou tes rêves à partir de significations toutes trouvées,
—- Trouver une logique évidente et univoque à ton fonctionnement psychique.

En effet, l’autoanalyse vise non seulement à découvrir quelque chose d’inconnu en toi-même et mais également à accéder à une interprétation.
Interpréter implique ici de faire se rejoindre tes mouvements contraires, de les laisser coexister sans chercher à les concilier.

Cela peut parfois t’amener à trouver des explications et une certaine cohérence. `Mais ces explications ne sont ni exhaustives, ni définitives. Elles sont toujours incomplètes et à remettre en question.
Que certaines te conviennent davantage est normal, mais n’oublie jamais qu’il en existe toujours d’autres.

L’autoanalyse repose donc sur :
——la réflexivité, tu te prends toi-même comme sujet d’analyse, comme devant un miroir, cela consiste à t’observer, à t’examiner, tel que tu es, sous toutes les coutures.
—— la créativité, le but n’est pas tourner en rond, mais plutôt de cultiver ton esprit critique.
——l’auto-organisation, le but ultime est une désorganisation puis une réorganisation.

🌸 Avec cette pratique, tu ne risques pas de perturbations psychiques particulières.
Mais cela sous-entend que tu ne pourras pas aller aussi loin qu’avec un psychologue.
Ainsi, lorsque tu as a l’impression d’être bloqué dans ton parcours de connaissance de toi, et si tu souhaites le poursuivre, alors cela peut être une bonne idée de te tourner vers un professionnel.

« Prends le temps de te retrouver avec toi-même tous les jours. »

Robin Casarjian

Pour aller plus loin…
L’autoanalyse dans l’histoire freudienne

Je te disais un peu plus haut que Freud, lui-même, avait commencé par sa propre analyse.

💡 Dans le traitement des névrosés, il constate que son statut de neurologue ne lui sert pratiquement à rien.
Cela lui apparaît comme évident lorsqu’il étudie les rêves, les oublis, les lapsus, etc… Il place alors ces manifestations au centre de sa théorie. Selon lui, elles relèvent d’un fonctionnement psychique inconscient, différent du fonctionnement neurologique.

Il était donc déjà convaincu de l’existence de l’inconscient et souhaitait en repérer l’action en analysant ses rêves et ses actes manqués.
Il souhaite alors en obtenir un effet thérapeutique mais également en obtenir une compréhension des mécanismes à l’oeuvre dans l’inconscient.

À cette période, il se révèle réellement fasciné par l’autoanalyse. Puis, par la suite, sa position devient plus ambiguë. Il prend conscience des limites de sa méthode. Lui-même arrive à des impasses.
Selon lui, l’autoanalyse à proprement parlé n’est pas possible, sinon la maladie mentale n’existerait pas.

Il n’y renonce pas pour autant !
Il poursuit son autoanalyse, même lorsque celle-ci ne le satisfait pas. Il a d’ailleurs appelé cette période, de 1897 à 1898, sa « chronique merdologique ».

Puis, il s’aperçoit de la nécessité pour lui de se soumettre à une analyse par quelqu’un d’autre que lui même. À ce moment, il fait de l’autoanalyse et du suivi par un autre analyste, les conditions indispensables pour devenir soi-même psychanalyste.

En tant qu’analyste, vis-à-vis des manifestations de son inconscient, il adopte une attitude de réceptivité. Pour cela, il facilite les conditions permettant leur émergence.
Il ne va pas à l’inconscient, c’est l’inconscient qui vient à lui.

Ainsi, pour qualifier l’ensemble de ses méthodes, Freud emploie le terme « psychanalyse ».

« La psychanalyse est la mise en question du psychanalyste. »

Jacques Lacan

Conclusion

L’autoanalyse est un sujet très complexe…

Je t’ai expliqué les bénéfices qu’elle permet dans la connaissance de soi.
Par l’intermédiaire de ton inconscient, elle te permet de comprendre tes propres contradictions. Mais ton inconscient n’est pas réellement accessible, tu n’as accès qu’à une infime partie à travers tes rêves, tes lapsus ou tes oublis.

Ainsi, l’autoanalyse comporte également de nombreuses limites.

Ses bénéfices ne sont pas comparables à ceux obtenus à la suite d’une réelle psychanalyse. Néanmoins, elle est tout de même, très fréquemment, associée à une thérapie sur le divan avec un psychanalyste.
Les deux ne sont pas antinomiques mais se peuvent se compléter.

⚠️ Cet article a pour but de t’initier à cette méthode.
Avant de pratiquer l’autoanalyse, je te conseille donc de jeter un coup d’œil à la bibliographie. Tu y trouveras des ouvrages qui te donneront des informations plus précises sur la méthode à employer.


Bibliographie

Bonnet GérardL’autoanalyse. Presses Universitaires de France, 2018
Bonnet GérardL’auto-psychanalyse : Oubli, lapsus, perte d’objets. Éditions In Press, 2016.
Horney KarenL’auto-analyse. Stock, 1993.
Kaës RenéPenser l’inconscient. Développements de l’oeuvre de Didier Anzieu. Dunod, 2011

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