La dépendance affective est-elle une maladie ?

Qu’est ce que la dépendance affective ?

Elle n’apparait dans aucune classification médicale, pourtant ce terme est largement employé et de nombreuses personnes sont persuadées d’en souffrir.
Dans cet article, tu vas enfin découvrir ce qui se cache réellement sous ce terme.

Des dizaines de questionnaires existent pour « diagnostiquer » la dépendance affective, ce n’est pas ce que tu vas trouver ici.
Dans cet article, je vais te livrer mon point de vue de psychologue sur les causes psychologiques, la gravité, le diagnostic et sur les différents types de dépendance affective.


D’où vient la dépendance affective ?

Un petit détour par l’histoire

☝🏻 Au 13ème siècle, Frédéric II réalisa une expérience pour connaître la « Langue de Dieu ». Il confia six bébés à des nourrices et leur demanda de veiller à leur alimentation, leur sommeil et leur hygiène. Mais, il exigea que jamais elle ne leur parle, afin de laisser le langage venir naturellement à eux.
L’expérience échoua, les bébés finirent par mourir.

Cette expérience, à l’éthique douteuse, nous apprend que les bébés ont besoin de lien social pour survivre. La nourriture et le sommeil ne suffisent pas. La relation aux autres est un élément indispensable à la vie. Nous avons besoin les uns des autres mais également de savoir que nous sommes aimés.

Depuis notre enfance, nous avons des besoins physiques et des besoins affectifs.
Ainsi, nous sommes tous des dépendants affectifs dès la naissance. Il s’agit d’un phénomène normal.

« L’homme est un être social, la nature l’a fait pour vivre avec ses semblables »

Aristote

L’avis psy

On appelle ce besoin affectif, l’attachement : c’est le sentiment d’affection qui lie fortement à quelqu’un et qui apporte un sentiment de sécurité.

Dès la naissance, un bébé est fragile et vulnérable. Il dépend de son environnement pour survivre, et en particulier des adultes. Il ne peut subvenir à ses besoins et ne peut donc prendre soin de lui seul.
Ce n’est pas le cas dans toutes les espèces animales, on parle de néoténie du bébé humain.

Dans ses relations aux adultes, le bébé apprend donc dès la naissance ce qu’il peut attendre ou non des autres :
⇨ Si les relations avec l’adulte sont adaptées, l’enfant va se sentir aimé et digne d’attention, il va alors apprendre à s’aimer lui-même. Cela lui offre une sécurité affective.
⇨ Si les relations avec l’adulte sont inadaptées, en excès ou en défaut, alors l’enfant va soit éviter toute relation, soit se lancer dans une quête perpétuelle d’attention et d’amour. Il se trouve alors dans une insécurité affective.

Le lien d’attachement mis en place dans les premières années de vie va ensuite être intériorisé, il sert de modèle pour toutes les autres relations à l’âge adulte. On appelle cela des modèles internes opérants.
Pour Bowlby, les comportements d’attachement et d’exploration sont complémentaires. Il faut se sentir sécurisé pour pouvoir s’autoriser à découvrir. L’attachement a donc une fonction de protection et une fonction d’exploration.  

Lorsqu’une personne est insécure affectivement, alors elle peut rechercher à l’extérieur l’amour et la confiance qu’elle ne trouve pas en elle. Dans ce cas, on peut parler de dépendance affective.
Les relations amoureuses et amicales viennent combler un BESOIN et non une ENVIE. Elles sont indispensables à l’équilibre et au sentiment de sécurité de la personne dépendante.

L’attachement et la dépendance permettent d’être en lien avec une autre personne mais ce n’est pas la même chose :
——–L’attachement n’empêche pas le détachement et offre même une certaine confiance qui facilite l’exploration du monde.
——– La dépendance est un « accrochage » qui limite cette découverte du monde.

Comment faire la différence entre « être attaché » et « être dépendant » ?


Et si c’était une question d’angoisse de séparation ?

La différence entre attachement et dépendance peut être comprise à travers le prisme de l’angoisse de séparation.
De nombreuses études ont montré cette association entre l’angoisse de séparation de l’enfance et dépendance affective à l’âge adulte. Ainsi, lorsque l’on est dépendant affectif, on a de grandes chances d’avoir ressenti une forte angoisse de séparation étant enfant.

⚠️ Une association entre deux phénomènes ne veut pas dire que l’un cause l’autre.
Ce n’est pas un lien de causalité.

Mais qu’est ce que l’angoisse de séparation ?
C’est un phénomène universel, une émotion du quotidien que chacun d’entre nous éprouve.

Toutes les personnes qui t’entourent pensent elles aussi « Cet ami me manque » « Je me réjouis de revoir ma famille » « Je suis inquiet de ne pas avoir de nouvelles de Paul ».
Nous sommes tous tristes à l’idée de quitter une personne que l’on aime.

D’où vient ce sentiment ?

Dans ses premiers mois de vie, un bébé sourit a toutes les personnes qu’il croise. Il accepte les bisous et les câlins, même de tante Odile avec sa barbe qui pique !

Mais, aux allentours du 8ème mois, il reste collé à papa et maman et refuse d’aller dans les bras des inconnus. Il pleure quand ses parents le déposent à la crèche. Qu’est ce qui s’est passé ?
Eh bien, c’est ça l’angoisse de séparation ! Et elle est normale ! Elle est même nécessaire au bon développement d’un enfant. Il est alors capable de reconnaître les personnes qu’il connaît et de les différencier des inconnus.

Puis, petit à petit, il devient autonome.
Il apprend que ses parents s’éloignent puis reviennent. Il pleure quand ils le laissent mais se remet à sourire et à jouer après un certain temps. Si cela dure trop longtemps, ses parents lui manquent, alors il ressent de nouveau cette angoisse de séparation.

Et à l’âge adulte alors ?

Tu ressens, toi aussi, ce sentiment douloureux d’être seul, triste ou abandonné quand le temps loin de tes proches dure trop longtemps. Ceci est un manque affectif.

Mais ce n’est pas QUE négatif !
Cela te permet de prendre conscience que le lien qui t’unis aux autres est infiniment précieux. Dans la solitude, tu comprends alors les autres et vos relations sont uniques, mais surtout que TU ES UNIQUE.

« Le manque est la lumière donnée à tous. »

Christian Bobin

Ce manque est essentiel au fait de sentir toi !


Comment l’angoisse de séparation excessive créé-t-elle la dépendance affective ?

L’angoisse de séparation de l’enfance devient excessive si elle ne disparait pas. Elle perdure lors de séparations avec les personnes auxquelles tu es attaché. Tu as une peur paralysante de te retrouver seul et abandonné.
Cette peur peut même aller jusqu’à des manifestations psychiques telles que la dépression.

L’angoisse de séparation excessive est une émotion douloureuse lorsque tu prends conscience que les relations humaines, l’existence d’autrui et que ta propre existence sont éphémères.

« Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé » 

Lamartine

On peut alors parler de dépendance affective lorsque :
—-tu penses que tu ne peux pas vivre sans la personne,
—- tu penses que ta vie n’a aucune valeur si tu es seule,
—- tu penses que tu ne mérites pas d’être aimée,
—- tu as un besoin excessif que l’on te dise que l’on tient à toi.
Les relations viennent combler un besoin et un manque interne.


Le diagnostic de dépendance affective

La dépendance affective n’est pas forcément une maladie ! C’est une « manière d’être au monde ».
C’est une stratégie inadaptée pour combler son manque d’amour de soi.

La dépendance

La dépendance est un terme complexe. Elle est utilisée aussi bien pour parler de la perte d’autonomie des personnes âgées que de l’addiction aux relations, au sexe, au sport, à la nourriture, aux drogues, à l’alcool, aux jeux, etc…
En bref, la dépendance c’est combler un manque interne par le recours à quelque chose d’externe.

Sous toutes ces dépendances se cache une angoisse de séparation excessive. Pour maitriser le manque de l’autre et de son amour, le dépendant recherche des satisfactions immédiates dans les relations, les substances psychoactives, le jeu, etc…

La dépendance affective

Cette dépendance particulière présente 2 dimensions :
—– ⤳ La personne a besoin d’être rassurée et soutenue son entourage
—– ⤳ La personne a peur de perdre le lien à l’autre

La marge entre normal et pathologique est étroite.
Dans la dépendance normale, la personne est capable d’exister par elle-même et d’avoir d’autres centres d’intérêt. Dans la dépendance pathologique, la personne a perdu cette liberté, la relation lui est vitale. Il n’y a pas vraiment d’amour, la dépendance prend toute la place. 

La limite entre normal et pathologique est une question de flexibilité, de souplesse et de facultés d’adaptation.
Il s’agit de trouver des dépendances variées et socialement adaptées mais également de faire avec les doutes et les échecs pour évoluer vers la connaissance de soi-même et de ses forces.

☝🏻 Les types de dépendance affective :
——— – La dépendance à un type de relation amoureuse quelque soit la personne,
——— – La dépendance à une personne en particulier,
——— – La dépendance sexuelle.

La dépendance affective n’est pas un trouble mental en tant que tel, mais elle peut être inclue à un diagnostic psychiatrique.
Elle peut être présente dans le trouble de la personnalité dépendante lorsque :
—- ⤳ elle en excès,
—- ⤳ elle est permanente dans le fonctionnement psychique,
—- ⤳ elle entraine une souffrance, qu’elle soit sociale, professionnelle et/ou personnelle.

Le trouble de la personnalité dépendante

Ce trouble se caractérise par :
—————un besoin permanent et excessif d’être aimé,
—————une soumission dont le but est de renforcer le lien à l’autre.
Ces attitudes sont présentes dans le couple, mais aussi avec les proches, les amis, la famille ou encore les collègues de travail.

La personnalité dépendante comporte 4 dimensions :
La cognition : « je suis faible et vulnérable »,
Les émotions : « j’ai peur que l’on me juge », « j’ai peur que l’on m’abandonne »,
Le comportement : « je fais tout pour ne pas être rejeté »,
La motivation : « je souhaite être aidé et protégé ».

📈 Entre 0,3 et 9% de la population souffre du trouble de la personnalité dépendante.

On retrouve les critères diagnostics de ce trouble dans le DSM-V, une classification médicale officielle des troubles mentaux.


Bibliographie

Barbey-Mintz et alL’attachement, de la dépendance à l’autonomie. Illustrations pratiques. ERES, 2017
Bornstein Robert. The Dependent Patient. APA, 2005.
Chabert Catherine. Les séparations. Victoires et catastrophes. ERES, 2013
Guelfi Julien-Daniel, Patrick Hardy. Les personnalités pathologiques. Lavoisier, 2013
Poudat François-Xavier. La Dépendance amoureuse : Quand le sexe et l’amour deviennent des drogues. JACOB, 2005.
Quinodo Jean-Michel. La solitude apprivoisée. L’angoisse de séparation en psychanalyse. Presses Universitaires de France, 2010
Tenenbaum Sylvie. Vaincre la dépendance affective. Albin Michel, 2010.
Versaevel Christophe« Personnalité dépendante et dépendance affective : stratégies psychothérapeutiques ». L’Encéphale, vol. 38, no 2, 2012, p. 170‑78.

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